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Aurélie Monfils Rodrigue Coutouly
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L'Institut Louis Germain, l’excellence pour les enfants des quartiers populaires

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Depuis plusieurs mois, l'Institut Louis Germain fait l'objet de critiques qui peuvent susciter des interrogations chez les enseignants, les équipes éducatives, les familles, et les décideurs locaux.

Pourtant, sur le terrain, son action a un objectif simple : offrir à des élèves issus des réseaux de l'éducation prioritaire un accompagnement renforcé, gratuit, et complémentaire du cursus scolaire, afin d’augmenter leurs chances de réussir leurs études supérieures, y compris lorsqu’il s’agit des plus prestigieuses.

Pour éclairer ce débat et informer sur les objectifs et le fonctionnement de l'Institut Louis Germain, deux membres de son conseil d'administration répondent aux questions les plus souvent posées au sujet de l'association.

Pouvez-vous vous présenter ?

Je m'appelle Rodrigue Coutouly (RC). Je suis élu au conseil d'administration de l'Institut Louis Germain depuis 2022 et j’en suis le président depuis mon départ à la retraite il y a deux ans. J'ai travaillé pendant trente ans dans les quartiers nord de Marseille. J'y ai été instituteur, professeur d'histoire-géographie puis personnel de direction. J'ai aussi été, de 2013 à 2019, conseiller établissement et vie scolaire auprès du recteur de l'académie d'Aix-Marseille. A la suite de cette expérience, j'ai choisi de reprendre un poste de principal dans un collège REP+ marseillais, qui a accueilli les campus de l'Institut Louis Germain pendant quatre ans.

Je m'appelle Aurélie Monfils (AM). Je suis cadre dans la fonction publique territoriale. J'ai toujours souhaité travailler pour l'intérêt général et pour un projet de territoire. J'ai été élue locale dans une ville populaire de l'Essonne, où j’ai été chargée de la réussite éducative et scolaire des élèves de la maternelle à l'enseignement supérieur. Pendant 12 ans, j'ai piloté de nombreux dispositifs éducatifs pour les jeunes de tout âge, de tous niveaux scolaires et tous milieux sociaux, en lien avec l’Education nationale et les associations présentes localement. C'est ainsi qu'en 2022, j'ai rencontré l'Institut Louis Germain et que j'ai rejoint son conseil d'administration à l'issue de mes mandats il y a quelques mois.

Pourquoi vous êtes-vous engagés dans cette association ?

AM : J’ai tout de suite été profondément convaincue de son intérêt. Son action est unique, par sa dimension de transmission des savoirs, notamment fondamentaux. Son impact sur la scolarité des jeunes est durable. L’apport de l'Institut Louis Germain est complémentaire de celui d’autres associations éducatives plus axées sur les jeunes en difficulté ou sur l'épanouissement culturel et sportif.

RC : Je travaille depuis plus de trente ans en Éducation prioritaire. Très peu d’élèves de nos établissements réussissent dans les filières les plus sélectives, quel que soit l’engagement des enseignants. Leurs difficultés s’accumulent et personne ne peut les soutenir chez eux, malgré le souci des familles que leurs enfants réussissent. L'élitisme du système scolaire français favorise les enfants des classes sociales les plus aisées.

L'lnstitut Louis Germain est une des réponses qui peut permettre aux élèves de l’éducation prioritaire de casser ce déterminisme et de réussir.

L'association a-t-elle été financée par des fondations engagées politiquement ?

AM : Non. Nous n'acceptons jamais d'être financés par des partenaires voulant influencer notre action. Les financeurs ne sont pas membres de notre conseil d'administration. Celui-ci est le garant de l'indépendance et de la neutralité de notre association.

RC : Certains syndicats ont à juste titre soulevé le cas de l’association "Kairos". En 2018, celle-ci a fait un don unique de 4000 euros (ce qui représente 1% des financements annuels de l’Institut Louis Germain), qui n'a jamais été renouvelé. Les membres du Conseil d’administration n’avaient pas à ce moment-là connaissance des orientations politiques de cette officine et de ses objectifs. Dès qu’ils ont été au courant, en 2018, tout lien a été rompu avec Kaïros. Il n’y a aucun point commun entre Kaïros et l’Institut Louis Germain.

Comment l'association est-elle financée ?

RC : L'association est financée à 15% par des financements publics. Ceux-ci sont en diminution depuis plusieurs années. L'essentiel de ses ressources provient de fondations privées ou de mécènes individuels.

Nous entendons les critiques qui nous sont adressées à ce sujet. Mais sans ces mécènes, l'accompagnement que nous proposons à nos élèves n'existerait pas (le coût annuel de la prise en charge d'un élève par l'Institut Louis Germain est de 500 euros, et plus de 1000 élèves en bénéficient chaque année).

Ils ont fait le choix de donner une partie de leurs revenus pour les élèves de nos quartiers prioritaires. Nous préférons qu'ils aient pris cette décision plutôt que d'utiliser leurs fonds pour des usages éloignés de l'intérêt général.

Comment l'association pratique-t-elle la promotion de l'excellence plutôt que celle de l'élitisme ?

AM : L'Institut Louis Germain accompagne des élèves scolarisés en REP et REP+, c’est-à-dire des jeunes qui grandissent souvent dans des contextes sociaux et économiques défavorisés. Son action s'inscrit dans le service de l'intérêt général : elle vise à réduire les inégalités scolaires entre les territoires, en apportant un soutien complémentaire à ceux qui n’ont que l’école pour réussir et qui souhaitent approfondir leurs apprentissages.

Cet accompagnement vise à transmettre aux élèves le bagage littéraire, scientifique et culturel qui leur permettra d’intégrer, avec de réelles chances de succès, des cursus, universitaires ou autres, souvent très sélectifs, et d'y postuler "à armes égales" avec des adolescents issus de milieux sociaux favorisés, qui ont bénéficié du soutien familial et très souvent de cours particuliers.

Depuis des décennies, de nombreux rapports montrent que l'égalité des chances reste un objectif encore très imparfaitement atteint dans le système scolaire français. L'origine sociale continue de peser fortement sur les parcours de réussite. Dans ce contexte, proposer à des élèves de l'éducation prioritaire un accompagnement complémentaire, gratuit et attentif, constitue une manière concrète de faire progresser l’égalité.

RC : En s'adressant à des élèves scolarisés en REP et REP+, motivés pour consacrer plusieurs semaines supplémentaires par an, sur le temps des vacances scolaires, à approfondir leurs connaissances, l'association cherche à redonner des perspectives à ceux qui, sans cela, n'auraient pas accès à ce type d'opportunité. Notre dispositif est ouvert à tous les élèves volontaires, et accessible à différents moments de la scolarité, de la sixième à la terminale. Il ne s'adresse pas seulement aux meilleurs élèves, mais à tous ceux qui veulent progresser et s'engager sérieusement dans leur parcours scolaire.

Il existe déjà de nombreux dispositifs destinés aux élèves en grandes difficultés et l'Institut Louis Germain reconnaît le caractère fondamental de leur action. Pour sa part, l’Institut Louis Germain accompagne des élèves qui ne sont pas décrocheurs, qui n’ont pas de difficultés scolaires majeures, mais qui ont besoin d'être encouragés et de cultiver leur confiance en eux. Le cadre proposé leur permet de développer pleinement leur potentiel et de combler le fossé qui les sépare d'adolescents qui bénéficient de cours particuliers et participent à de stages intensifs payés par leurs parents.

L'action complémentaire de l'école a été reconnue par l'obtention de l'agrément académique en 2019 (académie d'Aix-Marseille) et en 2018 (académie de Nice).

L'association sélectionne-t-elle les élèves qu'elle accueille ?

RC : L'Institut Louis Germain ne sélectionne pas les élèves. Nous travaillons avec les établissements pour qu'ils repèrent, parmi leurs élèves, ceux qui pourraient en tirer bénéfice. Un élève peut intégrer l'Institut Louis Germain à n'importe quel moment de sa scolarité au collège ou au lycée. Après avoir participé à une réunion de présentation de l'association dans son établissement, l’élève rédige une lettre de motivation et signe, avec ses parents, la Charte de l'Institut Louis Germain. Celle-ci comporte quatre engagements : assiduité, travail en classe, comportement, respect des valeurs de la République. Cette démarche concrétise son engagement.

Lors de ces périodes, les élèves ne sont ni évalués ni notés. C'est la prérogative de l'école et non la nôtre. Nos seules exigences sont celles de l'assiduité et du travail à fournir en cours.

Pourquoi l'Institut Louis Germain souhaite-t-il travailler avec les collèges et lycées publics ? 

AM : L'action de l'Institut Louis Germain ne concurrence pas l'école publique. Depuis 2014, son objectif est de proposer une action éducative complémentaire de l'école, en proposant des temps d'apprentissage supplémentaires aux élèves qui souhaitent s'investir davantage. Notre association croit profondément au service public de l'éducation et souhaite soutenir les élèves qui y effectuent toute leur scolarité.

Soutenir des élèves ambitieux et désireux de travailler davantage, c'est aussi leur permettre de s'épanouir dans leur établissement et de conforter les parcours d'excellence au sein de l’éducation prioritaire. Certains deviennent des exemples dont s'inspirent les autres élèves.

À ce titre, l'Institut Louis Germain entend contribuer à la défense d'une école publique gratuite, exigeante, mixte socialement et scolairement. Son projet s'inscrit dans l'idéal républicain d'un bien commun partagé.

RC : Mon expérience de principal de collège en éducation prioritaire m'a convaincu que la collaboration avec l'Institut Louis Germain permet de lutter efficacement contre les départs des meilleurs élèves vers l'enseignement privé. En effet, quand une famille d'un élève ayant un bon dossier hésite à inscrire son enfant dans le collège de secteur, la présence du dispositif Louis Germain rassure la famille, qui voit que les enfants sont soutenus dans la préparation aux études supérieures.

Beaucoup de chefs d'établissements l'ont bien compris et ils sont aujourd'hui près d'une cinquantaine à collaborer avec nous.

Les résultats de Parcoursup pour l'année 2026 confirment cette confiance que nous font les familles et les établissements. Dès la première phase des résultats, tous les élèves de terminale accompagnés par l'Institut Louis Germain ont été acceptés dans un des cursus universitaires auxquels ils avaient postulé. 30% d'entre eux entrent en première année de médecine, 60% en classe préparatoire. C'est une grande satisfaction pour nous mais aussi pour les enseignants de leurs établissements d'origine et pour leurs familles.

Comment fonctionnent les campus de l'institut Louis Germain ?

RC : Les campus ont lieu de préférence dans un établissement de proximité des établissements de rattachement des élèves. Ils durent quatre jours et ils ont lieu la seconde semaine des vacances scolaires, afin de ne pas concurrencer les sessions d'école ouverte qu'organisent les collèges.

Les élèves sont encadrés par des surveillants et des enseignants de l'Éducation nationale, qui sont payés de la même façon que les intervenants de l'école ouverte.

Durant les vingt journées de cours proposées aux élèves, chaque année, l’accent est mis sur le français (et la philosophie en terminale) et les mathématiques. Les professeurs vont pouvoir mener leurs élèves plus loin, en approfondissant les éléments du programme et en élargissant leur regard. A chaque session est ainsi étudiée une oeuvre littéraire complémentaire à celles qui ont été travaillées en classe.

AM : Les enseignements dispensés aux élèves s'appuient sur le programme de l'Éducation nationale. Lorsque cela est possible, si les élèves en expriment le désir, les professeurs peuvent densifier et complexifier le contenu de leurs cours.

Pendant les sessions, les élèves doivent évidemment respecter les valeurs de la République. Par exemple, la loi de 2004 est appliquée dans nos campus.

Certains témoignages parlent d’« un modèle d'éducation réactionnaire où la peur serait la norme », que faut-il en penser ?

RC : Il est toujours difficile de réagir à ce genre d'allégation dont on ne connaît pas l'origine. Les chefs d'établissement et les enseignants subissent eux aussi ces rumeurs qui mettent en cause leur probité professionnelle.

Je peux témoigner que les éducateurs de l'Institut Louis Germain conjuguent exigence et bienveillance envers les élèves. Je n'ai jamais eu écho d'attitudes "réactionnaires" de leur part, alors même que nous sommes en contact numérique permanent avec les parents notamment, et que la démarche de nos élèves repose sur le volontariat. Nous n'avons jamais été alertés non plus par des chefs d'établissement sur ce type de pratique.

Si 1200 élèves viennent volontiers à nos sessions et sacrifient une partie de leurs vacances je pense que c’est parce qu'ils y trouvent leur compte !

AM : Je peux témoigner aussi de la conviction des parents qui croient à ce dispositif. Quand ils en ont compris le sens, leurs représentants votent en conseil d'administration de leur collège ou de leur lycée avec enthousiasme pour que leurs enfants puissent en bénéficier.

Comment l'association a-t-elle été créée ?

RC : L'association a été créée par son directeur actuel, Julien Puel. Après des études dans une grande école de commerce et une carrière de cadre supérieur en entreprise dans des organisations privées et publiques, Julien Puel a décidé de s'engager pour l'éducation et l'égalité des chances en créant l'association.

Celle-ci débute son action à Avignon, en 2015, avec trente élèves et deux professeurs et s'inspire de l'histoire de Louis Germain, l'instituteur d'Albert Camus, qui a permis à cet enfant pauvre des quartiers d'Alger de continuer ses études, en le préparant au concours d'entrée dans l'enseignement secondaire. Comme lui, il veut être utile en accompagnant des collégiens et des lycéens des quartiers dits "difficiles" pour favoriser leur réussite scolaire.